Le logiciel libre sort de l’ombre

Date de parution: 
1 juin 2010

Affichant une santé économique insolente, le logiciel libre entre dans sa phase de maturité. En ouvrant son code-source, il n’en est que plus fort. Partant de ce principe, il suscite la créativité des développeurs dans tous les secteurs de l’informatique.

Illustration : Thierry Cap de Coume
Illustration : Thierry Cap de Coume

« Anars », rebelles, indépendants, amoureux de la liberté, brillants, « trash »…, les créateurs de logiciels libres (OSS : Open Source Software, en anglais), dont Linux est le plus connu, sont bizarres : ils mettent leur code-source, à savoir ce qui les compose, en libre-service. Qui plus est, on peut les copier, les modifier et les distribuer en toute légalité – même si des régimes de licence encadrent ces pratiques. Et c’est justement ce qui fait leur succès planétaire. Car, en exhibant leur code source, les logiciels libres sont d’une excellente facture : pas question, en effet, d’exposer aux développeurs de la terre entière un code mal « fichu ». Mieux, le « libre » est respectueux des standards internationaux d’interopérabilité et il est souvent gratuit.
Pour toutes ces raisons, l’Open Source se développe depuis vingt ans dans tous les domaines de l’informatique, loin des effets marketing dont s’affuble le logiciel propriétaire, en « boîte noire », dont le front Miso (Microsoft, SAP et Oracle) est le chantre. À commencer par les systèmes d’exploitation avec Linux (Debian, Mandriva, Suse-Novell, RedHat…) et OpenSolaris (Sun Microsystems-Oracle), le Clustering qui permet de construire des fermes de serveurs (xCat, JPPF, TioLive Grid, Jgroups, Unicore…), l’administration de systèmes (Ganglia, OpenQRM, OpenECM…), le stockage des données (Robinhood Filesystem Monitor, HA-Oscar…).
Citons aussi les bases de données comme Ingres, MySQL, PostgreSQL, Firebird ou Xampp – lequel est téléchargé plus de 120 000 fois par semaine ! –, les serveurs d’applications (Apache Tomcat, JBoss, JonAS, GlassFish, Geronimo, Zope…), les environnements de développement d’applications logicielles (Aptana IDE, Eclipse, Lazarus, Petals Studio, IntelliJ IDEA, Uizard, QtCreator, Zend Studio…) et les langages de programmation d’applications logicielles (Javascript, PHP, Python, Pearl, Go…).
Les postes de travail ne sont pas oubliés avec les navigateurs Web comme Mozilla Firefox et Opera, les Web OS (systèmes d’exploitation sur Internet) comme EyeOS ou Exo Platform, les messageries électroniques comme Mozilla-Thinderbird ou Linagora-OBM, les suites bureautiques concurrentes comme OpenOffice.org (OOo) et les solutions de VoIP (téléphonie sur Internet, Voice over IP, en anglais) comme Avencall, Asterisk, Elastix, trixbox, Coccinella…
On s’en doute, les Goliath du logiciel commercial ont cherché à tuer le David du « libre »… Peine perdue. L’Open Source est comme la mauvaise herbe. Plus on la coupe, plus elle repousse. C’est ainsi que le site Web SourceForge.net concentre pas moins de 230 000 logiciels libres téléchargeables et 2 millions d’utilisateurs et contributeurs enregistrés. Aucun éditeur de logiciels propriétaires au monde n’atteint une telle volumétrie, c’est dire l’irrépressible créativité des développeurs du « libre »…
Outre la bonne qualité technique des logiciels libres due à leur code source ouvert et amélioré par les millions de contributeurs bénévoles, l’Open Source a acquis ses lettres de noblesse grâce à sa fiabilité de fonctionnement. Conséquence, le cabinet américain d’analyse Forrester Research constate que l’adoption du logiciel libre s’accélère depuis 2003 : 40 % des grandes sociétés et administrations européennes l’utilisent. Et dans 45 % des cas, ces logiciels sont embarqués dans des environnements pour applications critiques. Bien sûr, la mise en œuvre du libre est commercialisée par les sociétés de services informatiques.
Résultat, l’Open Source devient incontournable. À tel point que Mark Driver, vice-président de Gartner, le célèbre cabinet américain d’analyse des marchés informatiques, prophétisait déjà en 2007 : « En 2011, au moins 80 % des logiciels propriétaires contiendront une part significative de code-source libre ». D’autant que les applications d’entreprise ne cessent de gagner du terrain en proposant des versions communautaires gratuites ainsi que des versions commercialisées, packagées avec support et maintenance.
Selon une étude réalisée en 2009 par le cabinet IDC, le marché mondial du « libre » croît au rythme insolent de 22,4 % par an et devrait atteindre un chiffre d’affaires global de 8,1 milliards de dollars en 2013. Notamment, selon Pierre Audoin Conseil, en France, peut-être le marché le plus dynamique au monde avec 1,5 milliard d’euros en 2009, qui enregistre une croissance de 33 % l’an passé et en prévoit une de 30 % cette année.

Érick Haehnsen